Adèle n’aime pas les saucisses à l’estragon. Elle leur préfère le thym aux myrtilles de sa grand-mère ; ça ne se discute pas, même en rêve . Dans celui là, avant qu’il ne vire au cauchemar, elle se représente son amante, la nuit, toute illuminée des flocons de la neige tombante….
Insidieusement, sous la porte de bois de la masure endormie, Sa Bassesse le Gel s’introduit, silencieusement, en Cathy mini, à peine s’il se soucie des résidus de bois encore chauds dans l‘âtre, déjà il occupe l’escalier, déjà il s’apprête à affronter les édredons des lits douillets….
Alors, aimée de je ne sais quel dieu, prévenue par quelqu’une qui s’ennuie au paradis des muses, Adèle se lève, s’encapuchonne et disparait par un couloir de chauffe….
Elle chausse le premier cheval venu et s’enfuit par le clair de lune sur un chemin incertain à l’orée des bois……
Au même instant, d’autres équidés s’essoufflent à tirer la roulote de Nathan au col des Avaries, espérant avec avidité la bascule qui se fait désirée. La noiraude, chienne bâtarde et de couleur, guide l’attelage dans la burle qui se lève…
Et tandis que la pente attendue s’offre, elle oblige le frêle esquif à abandonner la route pour une prairie mal éclairée. Enfin au bout des champs une bergerie dort, ses pierres biens ajustées, contre le vent fou…..
En bien peu de neige tombée qu’il n’en faut habituellement, la carriole est rangée contre l’unique porte du bâtiment , les chevaux mis a l’abri , pansés et le feu dans la cheminée répandu.
Une odeur de thym, d’estragon, de myrtilles mélangées emplit la maisonnée qui peu à peu se réchauffe….
Au fenestron, Adèle frappe désespérément…
C’est sûr, Gel n’y viendra pas…..